Etangs d’art 2003/2007

 

 

 

 

 

 

 

Un défi artistique et une expérience humaine:

 

 

 

Si le Pays de Brocéliande tire son nom d’une forêt légendaire, il apparaît maintenant naturel que l’art s’installe en son sein afin de développer une autre culture de l’imaginaire. Etangs d’art est une manifestation peu banale, vous l’aurez sans doute deviné en lisant son titre. De l’art sur des étangs. Le pari est un peu fou, non sans difficultés : imaginer, fabriquer puis installer des œuvres d‘art dans la nature, in situ et plus exactement sur des plans d’eau. La rencontre semble improbable. L'expérience relève du défi. C’est une contrainte inédite pour des artistes venus parfois de très loin.

 

Les candidats sont sélectionnés au mois de janvier sur dossier. En répondant à un thème ouvert à toutes les sensibilités artistiques contemporaines et en acceptant un règlement précis, les artistes sont invités en résidence pendant une semaine début juin pour réaliser et installer leur oeuvre. Durant ce temps les artistes profitent à la fois d’un accueil chaleureux avec les organisateurs, d’une aide précieuse avec les techniciens municipaux et participent à des rencontres avec les écoles ou les collèges engagés dans un projet artistique.

 

Une fois la période d’exposition terminée, fin septembre, les œuvres sont définitivement retirées à quelques rares exceptions quand elles restent intacte dans le paysage sans occasionner de gêne pour les pêcheurs.

 

 

 

 

 

De l’art sur des étangs:

 

 

 

L’élément aquatique est omniprésent dans le paysage de Brocéliande. C’est à partir de ce constat que des membres du Collectif d’artistes du Pays de Brocéliande ont eu l’idée en 2003 de présenter des œuvres au public sous une forme originale.

 

Des œuvres, visibles des rives, reposent sur l'eau et s'y reflètent: un dialogue est amorcé. Une double forme donne l'impression d'être suspendue dans l'espace du plein et du vide. Les variations de lumières et l'action du vent tout au long de la journée façonnent l'oeuvre continuellement. Ce mélange insolite invente paradoxalement un lien étroit avec la nature et ses forces, autant de phénomènes qui troublent la vision rétinienne et rendent les oeuvres fascinantes, pleines de vie.

 

Dans « l’eau et les rêves », Gaston Bachelard parle de l’eau comme un « miroir de l’être, miroir du monde… ». Contenue et calme, l’eau devient loupe ou miroir et transforme notre perception de l’espace et de notre propre image… Reflets ou réalité ?

 

 

 

 

 

Diversité des propositions :

 

 

 

Chaque projet artistique se distingue dans une grande diversité de démarches et de réalisations. C'est ce qui fait  justement l’originalité de cette manifestation car Etangs d’art se destine à toutes les sensibilités donc à un large public. De plus, les sites d’expositions bien préservés sont situés en plein air et accessibles à n’importe quel moment de la journée. Etangs d’art s’adresse particulièrement aux promeneurs et aux marcheurs car il existe beaucoup de sentiers pédestres aux abords des plans d’eau.

 

Chaque œuvre interpelle l’affectivité du visiteur.

 

Qu’il s’agisse d’installations appartenant au Land art (oeuvres réalisées uniquement avec des matériaux naturels récupérés sur place) ou se rapprochant de celles des Nouveaux Réalistes (oeuvres réalisées à partir d’objets de rebuts), qu’il s’agisse d’œuvres figuratives (qui représentent quelque chose de reconnaissable) ou plus abstraites (qui s’éloignent de la représentation) voir surréalistes (qui mélangent réalité et rêve), chacune d’entre elles poursuitl’imaginaire des lieux évocateurs où elles sont présentées: Vallon de la Chambre au loup, La Marette ou encore le Pont de la Duchesse Anne pour ne citer que quelques lieux. 

 

Même si le thème imposé aux artistes reste suffisamment ouvert à chaque édition, beaucoup d’oeuvres font tout de même référence à la Nature, qu’elle soit physique, géographique, céleste, polluée ou menacée. Elles embrassent principalement l’idée de mouvement, de déplacement ou de cheminement et participent souvent au même désir de s’attacher à la thématique des forces naturelles. Des forces pérennes, rassurantes mais aussi actives. 

 

Toutefois, plusieurs interventions s’appuient sur des constituants traditionnels dans l’art : les enjeux de la couleur ou de la forme, celui du reflet dont la multiplication engage une nouvelle étape dans la lecture d’œuvre.

 

Un défi esthétique et un outil pédagogique :

 

 

 

Au delà de son intérêt artistique, Etangs d’art constitue un fer de lance mieux qu’un drapeau et tente ainsi d’accompagner et fidéliser un public attentif à l’art et à l’environnement.

 

Tout d’abord, le partenariat engagé avec l’écomusée de Montfort/Meu permet au public de découvrir certains lieux comme le Vallon de la chambre au loup à Iffendic et dans un même temps certaines œuvres. La visite montre que l’art peut s’inscrire parfaitement dans le patrimoine naturel.

 

L’inter relation art/patrimoine/nature pose la question de la place de l’Homme dans son environnement et met en évidence le contexte artistique. Etangs d’art s’affranchi des lieux d’expositions souvent dédiés à l’art et met en jeux les rapports et aussi les tensions œuvres/espaces naturels.

 

Dans cet exemple, l’expérience dévoile que l’environnement fait partie intégrante du discours et du travail artistique. Davantage, elle permet à l’œuvre une transfiguration de sa matérialité. Sans l’eau sur laquelle elle repose l’œuvre d’art perd de son autonomie. Avec ce miroir naturel elle se révèle comme une présence forte intimement liée avec l’espace qui l’entoure.

 

 

 

Etangs d’art fait naître ainsi une expérience esthétique nouvelle.

 

 

 

C’est pendant les visites guidées organisées par des membres du Collectif que le dialogue s’approfondi en une prise de conscience qui alimente l’intérêt artistique et le sens de l’art.

 

Face aux réactions multiples et pertinentes de la part des visiteurs mais aussi au gré des conditions météorologiques variables qui agissent sur l’apparence de l’œuvre, chaque installation se découvre sous différentes facettes.

 

Plusieurs établissements de l’enseignement supérieur se sont déplacés à Etangs d’art pour découvrir des œuvres ou rédiger un mémoire sur un thème lié à l’art in situ. Les écoles primaires et les collèges, sous l’impulsion d’enseignants et avec les artistes, ont expérimenté cet art en pleine nature, en se confrontant à l’utilisation des matériaux naturels et à l’espace dans lequel ils naissent et évoluent.

 

Construction, fabrication et performance ont souvent été les vecteurs d’une expérience unique. L’art dans le paysage a permis aux élèves de se rendre compte au final de la fragilité de l’œuvre d’art.

 

Les élèves ont aussi pris conscience de son caractère éphémère, condition intrinsèque à la fois au Land art et à la nature.

 

 

 

 

 

 

 

Philippe LERESTIF, Président du Collectif d'artistes du Pays de Brocéliande

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Etangs d‘art 2004/2007. Noms des 57 artistes ayant participé à la manifestation:

 

 

 

 

AIRES Nelson, ALIX Jean-Christophe, BENOIT Jean-Loup, BOUVILLE Marie, BRODIN Vincent, BUFALINO Benedetto, CAM Pat, CAMPOS Sonia, CASTEL Guillaume, CAZENOVE Olivier, CHENARD Nicolas, COUTANT Françoise, DAVIN François, DELAME Sylvie, DE LA SABLIERE Sylvaine et Arnaud,  DELAUNAY Do, DI ROSA Luciano, FAILLER Régis, FALDA Dominique, FRECHET François, GALLAIS Pierre, GIBON A’Titâ, GOBRY Emma-Charlotte, GODET Thierry, GRASMENIL Pierrette, GRIMAUD Daniel, GUIHENEUF Bruno, HERVOUET Nadine, HERRY Michelle,KLENE Bénédicte, LE BRIGAND Michel, LECLERC Michel, LECOMTE Emmanuelle, LELONG François, LE LUHERNE Claude, LE NY Marie Hélène, LERESTIF Philippe, LUSTYCH Jarek, MADE, MARUEN, PEREZ Luc, PERROTO Brigitte, PITROU Pierre, PLANCHE Pascale, POLSKA, RIBOT Xavier, RIGORTH Roger, RIJS Xavier, RIVERAIN Catherine, SAULNIER Philippe, SEDLARSKI Jivko, SIETZEMA Johan, THEPAULT Joël, TRIERWEILLER Laurent, VINCA, WENDLING Anne.

 

 


 

Edito 2008 CATALOGUE

Etangs d’art est une manifestation unique en France. Son principe consiste à installer temporairement des œuvres d’art dans la nature, in situ. De l’art sur des étangs. Le pari semble un peu fou et non sans difficultés pour les artistes invités à relever le défi.

 

Les temps changent...c’est le thème imposé cette année aux participants à la 5è édition.

Au delà du double sens inspiré par cette proposition se cache une réalité inquiétante mise en relief dans la plupart des oeuvres et qui devrait retenir notre attention.

En effet, en se rendant sur les sites on y découvre des installations associées à des discours qui évoquent un écosystème souvent bien fragile. C'est peut être en se situant sur cette voie d'une écologie transdisciplinaire que l'art participe à sa manière à une prise de conscience, face aux menaces réelles qui guettent notre environnement - plus spécialement ces lieux enchanteurs qui façonnent le paysage de Brocéliande.

 

Suivant la tradition du land art, les installations de Véronique Matteudi et de Kasia Ozga se fondent dans la nature qui elle même, par des processus physiques, contribue à la transformation des oeuvres jusqu'à leur disparition. Selon une autre démarche, les réalisations de Pascale Planche ou de Mireille Belle présentent deux visions un peu décalées des effets d'une nature déboussolée.Quant à l'installation de Corinne Béoust, l'approche scientifique se situe entre deux états fragiles de la matière, l'air et l'eau. Les balises de Claude Le Luherne et le mobile flottant d'Olivier Cazenove utilisent les forces naturelles du vent pour évoquer l’incertitude et l'instabilité. La proposition d'Emmanuelle Lecomte se concentre plutôt sur le mouvement de la croûte terrestre alors que l'installation d'Hervé Péchoux nous montre les conséquences dramatiques d’une montée des eaux. A l’inverse, non sans une pointe d'humour, les trois pailles géantes de Sylvaine et Arnaud de La Sablière sont là pour aspirer notre élément vital, c'est à dire l'eau. Enfin, Maruen & JAZ et Luciano di Rosa repoussent l'individualisme et proposent à travers leurs oeuvres de rendre hommage aux actions participatives des femmes et des hommes à travers le monde.

 

Ce catalogue a été conçu comme un reportage retraçant des moments pris sur le vif lors de l’installation des œuvres avec les artistes. Les photographies sont de Pascal Glais. Les textes ont été écrits par les artistes.

Je souhaite aux lecteurs, au nom des bénévoles et des membres du Collectif d'artistes du Pays de Brocéliande et au nom de tous les artistes qui ont participé à cette 5è édition, une agréable rencontre avec ces images de l'éphémère.

 

 

Philippe LERESTIF Président du Collectif d'artistes du Pays de Brocéliande